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Gérer l’état de choc
Nous avons été surexposés à des discours effrayants de décomptage des morts pendant la pandémie, puis à des craintes de guerre imminentes, et à des peurs ou évènements de tous types depuis ces dernières années. En outre, la libération de la parole autour des crimes sexuels, nous confronte régulièrement à des expériences difficiles d’autrui.
Chacun de nous va gérer cette souffrance à sa manière et avec ses moyens émotionnels actuels, mais aussi en fonction de sa mémoire traumatique : son histoire personnelle et son héritage transgénérationnel ou culturel, c’est à dire les peurs, terreurs, émotions transmises ou induites par sa famille ou par des phénomènes passés (notamment des guerres, attentats, etc.).
En tant que spécialiste, je suis habituée à la prise charge de personnes en état de choc et de personnes en état de stress aigu ou post-traumatique. Aussi, il me parait important aujourd’hui de partager ici quelques moyens de gérer ces état de chocs récurrents, pour vous même et votre entourage, et de vous permettre d’identifier chez vous ou chez l’autre des symptômes et une conduite à tenir en cas de gravité de ces symptômes.
Face à la violence de certains évènements et des émotions fortes, dont la tristesse, la peur, le sentiment d’impuissance qu’ils génèrent, on peut constater quelquefois un état de choc généralisé, comme cela à été le cas pendant la pandémie et depuis, dès que la tension monte. De plus, la surmédiatisation de certains phénomènes entraine de fait une surexposition ou du moins une longue exposition aux médias, à la détresse d’autrui, et à toutes sortes de projections (ou prédictions) effrayantes qui ne nous permettent plus (ou peu) de récupérer des ressources émotionnelles de façon à gérer ces évènements de manière plus rationnelle.

Cela ne signifie pas de se désinformer totalement, mais d’éviter l’hyper-connexion, de choisir ses moyens d’information et de limiter le temps que nous passons « scotchés » aux médias. Nous n’avons pas de surcapacités à supporter les images ou informations.
Que ce soit par l’intermédiaire des médias ou de façon directe nous sommes tous aussi surexposés aux peurs et aux prévisions plus ou moins imaginaires de chacun. N’oubliez pas que ces peurs concernent avant tout celui ou celle qui en parle et conservez votre esprit critique, même si en ces temps d’épuisement émotionnel il est difficile de ne pas se laisser envahir par des peurs auxquelles nous n’avions pas pensé.
Et en particulier aux personnes qui ont peur, sont jeunes, fatiguées, ou dans un état émotionnel qui laisse supposer qu’elles ne pourront pas le gérer. Quand une personne présente une quelconque vulnérabilité objectivée par rapport aux évènements, il peut être dangereux d’aggraver son état en lui parlant de perspectives pessimistes, de danger pas encore identifiés par elle, etc. Si vous avez besoin de parler de vos peurs et que personne ne vous parait assez solide dans votre entourage, adressez-vous plutôt à un professionnel.
Votre entourage ou votre famille n’a pas forcément les mêmes moyens que vous de gérer la situation et d’écouter les mêmes informations que vous. Les enfants ou adolescents peuvent être très envahis émotionnellement par ces évènements ou par la souffrance de leur entourage. Il est donc important de les écouter, les rassurer et les protéger, et de même pour les personnes déjà en état de vulnérabilité avant les évènements : par exemples aux personnes déjà en burnout ou à celles qui dans leur travail sont au quotidien confrontés à de fortes exigences émotionnelles (dont la souffrance ou la détresse d’autrui).
Que la souffrance de l’autre ou la vôtre vous paraisse compréhensible ou non, exagérée ou non, ou même normale ou non, si vous n’êtes pas professionnel de santé, vous n’êtes peut-être pas apte à en comprendre les tenants ou aboutissants. Le meilleur service que vous puissiez rendre à la personne ou à vous-même est de reconnaitre cette souffrance et ne pas vous dire que ça va passer tout seul. Le recours à un professionnel dans de telles circonstances ne doit pas être remis à plus tard : plus vous interviendrez tôt et moins cette souffrance aura l’occasion de s’aggraver, et plus la prise en charge sera courte.
Votre sécurité est importante, mais il est stratégique pour vous de distinguer les risques réels, imaginaires et symboliques qui existent selon vous. Chacun évaluera des risques symboliques particuliers en fonction de sa personnalité ou de son histoire. Concernant les risques imaginaires, il est important que vous puissiez les identifier comme tels : sinon ces risques imaginaires peuvent en effet donner lieu à des précautions si extrêmes qu’elles peuvent aboutir à une sorte de paralysie ou à un évitement de tout.
Il est important de ne pas se laisser envahir par des risques qui ne sont pas réels, ou qui sont trop loin des risques identifiés. Enfin, par rapport aux risques réels et identifiables de manière objective, il s’agit de prendre de petites précautions qui vont vous éviter de vous surexposer à une souffrance ou des émotions intenses.
Prendre soin de soi ou des autres n’est pas une faiblesse, c’est au contraire un acte responsable.
Parce que l’isolement est susceptible de vous priver de l’aide des autres et aussi de laisser le champ libre aux pensées ou souvenirs les plus difficiles à gérer.
De façon à pouvoir les transmettre à votre tour…
Dans le cas ou vous détecteriez l’ensemble de ces symptômes de manière durable, il serait conseillé de consulter un professionnel de santé spécialisé.